Collectif 20 ans barakat Ile de France

 

Courrier international - n° 692 - 5 févr. 2004

ALGÉRIE - Emancipation féminine : Alger à la traîne de Rabat

Pour le quotidien Le Matin, le statut des femmes algériennes est le moins favorable du Maghreb. Les démocrates doivent se battre pour lutter contre cette injustice.

Le 10 octobre 2003, devant le Parlement marocain, le roi Mohammed VI a prononcé un discours consacré essentiellement à la révision du Code de la famille. Le souverain marocain estimait qu'il était temps d'accorder aux femmes marocaines les mêmes droits et devoirs que les hommes, tranchant un débat opposant les partisans d'une émancipation de la femme aux partisans du maintien de cette dernière dans un statut de mineure à vie. Les principes énoncés par Mohammed VI ont été intégralement repris dans le texte de loi adopté par le Parlement marocain le 23 janvier 2004. Les amendements apportés au texte ont plus porté sur la forme que sur le fond. Certes, ce texte ne s'écarte pas de certaines prescriptions religieuses. Mais, en matière de responsabilité civile, de mariage, de divorce, de tutelle parentale, d'héritage et de gestion des biens, c'est un texte qui modifie fondamentalement le rapport entre les femmes et les hommes. Concernant la responsabilité familiale, celle-ci est placée désormais sous la responsabilité "conjointe des époux", et non plus sous celle de l'homme. Les droits de l'épouse et ceux du mari ne sont plus séparés. La femme n'est plus tenue comme dans l'ancien texte de loi au principe de "l'obéissance de l'épouse au mari". L'âge légal du mariage pour une femme passe de 15 à 18 ans. Qui plus est, la femme, majeure bien sûr, peut signer elle-même son contrat de mariage. Elle n'est plus soumise à la tutelle masculine. Enfin, la polygamie, sans être tout à fait interdite, est soumise à des conditions draconiennes qui, en pratique, l'interdisent de fait. En effet, une femme a le droit de conditionner juridiquement son mariage à l'engagement du mari de ne pas prendre de seconde épouse. Ce n'est donc plus un droit pour le mari. En matière de divorce, le texte de loi interdit pratiquement la répudiation. Désormais, celle-ci est soumise à l'autorisation préalable d'un tribunal. De fait, le texte de loi consacre le divorce judiciaire. Et, en cas de divorce, la femme a le droit de garder les enfants, et le mari est contraint d'assurer une pension à son ex-épouse. Nouveauté encore, la femme peut demander le divorce. Enfin, le texte de loi consacre la reconnaissance de paternité pour des enfants nés hors mariage. Autre nouvelle disposition, le Code de la famille consacre le principe de la séparation des biens. Il introduit la possibilité pour le couple de se mettre d'accord, dans un document séparé de l'acte de mariage, de définir un cadre pour la gestion des biens acquis durant le mariage. Ce faisant, en cas de divorce, c'est au juge qu'échoit le droit d'évaluer ce qui revient à l'un et à l'autre. De manière générale, comme l'analyse Nadia Naïr, une universitaire marocaine, "ses principes fondateurs ne se basent plus sur des rapports hiérarchisés, de domination et de servitude". Le Code de la famille est "désacralisé". Et "la loi familiale devient, enfin, une affaire de société". Dans la pratique, une juridiction spécialisée - des tribunaux de la famille - sera mise en place pour mettre en application la nouvelle loi. Ces nouvelles dispositions sont le fruit du débat, très vif au sein de la société marocaine et en cours depuis quelques années, sur la question du statut de la femme. En 1999, un projet dit "d'intégration de la femme au développement", consacrant l'égalité juridique entre les femmes et les hommes, avait provoqué l'hostilité des mouvements islamistes et conservateurs. En mars 2000, ils étaient plusieurs centaines de milliers d'islamistes à manifester sur le boulevard des Forces armées royales de Casablanca en signe de protestation contre un projet qui devait être examiné par le Parlement marocain. Faisant marche arrière, le gouvernement du socialiste Abderrahmane Youssoufi a fini par retirer le projet, et son auteur, le ministre Saïd Saadi, a dû démissionner. Cette reculade des autorités marocaines avait été enregistrée comme une victoire par les mouvements islamistes, Al-Adl Wal-Ihsan de Cheikh Yassine et le Parti de la justice et du développement (PJD) d'Abdelilah Benkirane, alors au faîte de leur puissance. Il n'empêche, le souverain marocain a pris le projet de révision du Code de la famille sous sa propre responsabilité. Il a nommé une commission chargée de lui présenter un projet de loi. Pour autant, étant donné la relative victoire des islamistes du PJD aux élections législatives de septembre 2002, qui deviennent la troisième force parlementaire du royaume, et malgré la série d'attentats à Casablanca - qui ont fait plus de 40 morts et une centaine de blessés -, d'aucuns avaient pensé que le roi Mohammed VI allait se résoudre à modifier sa ligne de conduite et prendre en compte la réalité d'un mouvement islamiste de plus en plus entreprenant. Or il faut lui reconnaître qu'il est allé à contre-courant et prendre soin de rappeler qu'il ne peut en sa qualité de commandeur des croyants "autoriser ce que Dieu a prohibé, interdire ce que le Très-Haut a autorisé". Cela étant, après la Tunisie, le Maroc est le second pays arabe à disposer d'un Code de la famille répondant aux normes universelles. L'Algérie, malgré son passé révolutionnaire, reste à la traîne. La commission mise en place par le pouvoir a rendu son rapport. Rien n'a filtré des recommandations faites. Et rien ne dit que le pouvoir actuel est prêt à le modifier avant ou après l'élection présidentielle. C'est donc aux femmes et aux démocrates de se battre pour que les choses changent et que l'Algérie ne soit pas à la traîne du Maghreb.

Hassane Zerrouky
Le Matin

 

 

 

 

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